Trois enseignements tirés du virage du Danemark vers une billettique mobile-first (et un bonus)
La refonte d’un système de billettique nationale est généralement lente, complexe et rigide. Le Danemark a prouvé que ce n’est pas une fatalité.
Dix-huit mois après son lancement, l’application Rejsekort représente plus de 60 % des trajets en transports publics au Danemark, atteignant une adoption majoritaire à l’échelle nationale en moins de deux ans.
Cette évolution n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte de choix volontaires et pragmatiques, riches d’enseignements pour les autorités organisatrices et les opérateurs qui envisagent des transformations similaires.
Enseignement 1 : La standardisation accélère le déploiement
L’une des décisions les plus importantes a été de s’engager dès le départ dans un modèle mobile-first. Ce choix a structuré l’ensemble du programme.
Plutôt que d’ajouter une couche mobile à une infrastructure billettique héritée, le Danemark a priorise une expérience Mobile Pay-As-You-Go (MPAYG) comme méthode principale d’accès et de paiement Une solution complémentaire de tap-in/tap-out a garanti l’inclusion et offert une alternative claire aux usagers non équipés de smartphone. Cette approche a réduit, dès le premier jour, les dépendances techniques et la complexité opérationnelle.
Résultat : moins de six mois entre la signature du contrat et le lancement d’un MVP, et moins d’un an jusqu’au lancement public.
Enseignement 2 : Une gouvernance claire crée l’élan
Les programmes nationaux ne ralentissent pas uniquement à cause de la technologie. Ils s’enlisent lorsque les responsabilités se confondent et que les risques sont évités plutôt que traités.
Au Danemark, Rejsekort & Rejseplan A/S (RKRP) est détenue et mandatée par l’ensemble des opérateurs de transport public danois pour centraliser la billettique. Cette organisation institutionnelle claire a permis un alignement décisionnel efficace.
Des responsabilités définies, de la transparence sur les arbitrages et une gestion structurée des risques ont permis d’avancer de manière décisive. Au lieu d’attendre une solution théoriquement parfaite, le programme a privilégié un déploiement progressif en conditions réelles.
Enseignement 3 : L’implication précoce des usagers réduit les frictions
Le retour d’expérience utilisateur dès le début a rendu le programme plus robuste et rapide. Les retours issus des phases bêta ont permis d’améliorer rapidement le système sur la base de comportements réels.
Avec le recul, impliquer encore plus tôt les clients via des tests structurés et des boucles de feedback aurait réduit l’incertitude plus vite et renforcé la confiance pendant la transition.
Mobile-first ne signifie pas mobile-only. À l’échelle nationale, l’adoption dépend autant de la confiance et de l’inclusion que de l’ergonomie.
Bonus : La billettique devient une base de données stratégique
Le passage au mobile-first ne s’est pas limité à moderniser le paiement. Il a renforcé la capacité analytique du système.
Les données agrégées permettent de prévoir la demande, planifier les capacités, optimiser les réseaux et analyser les schémas de correspondances ainsi que la fiabilité du service. Elles constituent une base plus solide pour les décisions d’infrastructure et de service, dans le respect des exigences applicables en matière de protection des données et de confidentialité.
Les systèmes de billettique modernes ne sont plus uniquement transactionnels. ils deviennent une intelligence de pilotage à l’échelle du réseau.
« Cette expérience de voyage fluide, inclusive et sécurisée fixe un nouveau standard pour la mobilité européenne. Le projet a été mené dans les délais et dans le respect du budget, et 90 % des utilisateurs sont très satisfaits de la solution. C’est extrêmement rare pour un projet IT de cette envergure. »
Tina Hørbye Christensen
CEO de Rejsekort & Rejseplan A/S
L’expérience du Danemark le montre clairement : une transition nationale vers le mobile-first n’est pas d’abord un projet technologique. C’est le résultat de choix assumés en matière de simplification, de gouvernance et d’inclusion des usagers.
Elle met aussi en évidence deux réalités plus larges. D’une part, les voyageurs sont prêts pour une mobilité numérique intuitive lorsque l’expérience est simple et transparente. D’autre part, le mobile-first est viable à une véritableéchelle nationale, pas seulement en pilote ou dans quelques zones urbaines.
Quand la clarté stratégique rencontre une exécution disciplinée, un changement de comportement à grande échelle n’a pas besoin de prendre des années. Même à l’échelle d’un pays, cela peut se faire en moins de deux ans.

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